Roxane du futur, libraire de demain

Publié le 08 novembre 2009

Si la poésie ne manque pas de pieds, la librairie manque-t-elle de bras pour relever ses défis à venir ? Pour répondre à la question, j’ai demandé à Roxane (21 ans) qui suit actuellement une formation de DUT Infocom métiers du Livre à Lille de nous parler des son futur métier. Elle nous indique dans sa formule bien singulière et très perspicace à la fois que pour elle le libraire doit être beaucoup de choses. Vaste programme ! Je vous laisse découvrir son interview dans laquelle se reflète une vraie prise de conscience lorsqu’elle évoque aussi qu’une librairie c’est quand même une extension et un reflet de votre personnalité.

 

Stéphane Daumay : D’où vient cette envie de travailler en librairie ?

Roxane : Je dois avouer qu’au début, c’était plutôt par nécessité que par envie véritable. J’ai toujours aimé le monde du livre, j’ai toujours beaucoup lu, beaucoup traîné chez les bouquinistes. Mais je ne pensais absolument pas à vendre des livres. Evidemment, on a tous dans la tête – du moins au début parce que le mythe s’écroule très rapidement – du libraire qui lit toute la journée, qui possède une culture incroyable etc. Bon, j’ai vite compris que ce n’était pas du tout ça. J’ai fait deux ans de fac LEA avant d’intégrer l’IUT, deux ans qui ne m’ont pas servi à grand chose si ce n’est de me rendre compte que je voulais entrer dans le monde du travail au plus vite et surtout ne pas passer cinq ans à étudier de la micro-économie en espagnol (le cursus LEA combine les langues et le commerce international). Comme il fallait que je fasse quelque chose de ma vie, je me suis demandée – ce que j’aurais dû faire avant évidemment – quel domaine me plaisait le plus. Les livres. Les éditer, les écrire, les vendre ? Aucune idée. En arrivant à l’IUT, je ne savais absolument pas que je tomberai sous le charme de la librairie, secteur qui ne m’intéressait à la base absolument pas : le commerce ne m’a jamais attirée. Mais le stage de première année (à la librairie Ombres Blanches à Toulouse) a été décisif. J’ai découvert le métier de libraire et j’ai totalement adhéré au monde du livre, à ses combats, à ses problèmes, à ses enjeux. Je pense que travailler en librairie est un défi perpétuel à relever : ça me fait peur et m’attire à la fois. Evidemment, je me positionne au niveau de la librairie indépendante, mais je sais bien que pour y arriver je vais certainement devoir commencer par être vendeuse à Cultura ou à la FNAC..

 IUT Infocom Lille 3

 

Quels sont les points forts dans votre formation à Tourcoing ?

Cette formation est toute jeune, l’option Librairie-Edition a été créée il y a seulement trois ans au sein du département InfoCom. Je ne vais pas cracher dans la soupe, mais il est certain que la formation n’est pas encore vraiment adaptée au métier de libraire. Elle s’améliore d’année en année, mais il faut du temps pour que les choses se mettent en place. J’étais prise à Bordeaux et à Aix-en-Provence qui sont plus côtés (ce que je ne savais pas), et je regrette parfois d’avoir choisi Lille. Le fait est qu’il y a des cours théoriques qui je pense n’ont rien à faire dans le cursus (linguistique par exemple) et même si nous sommes amenés à être des médiateurs culturels, l’accent est trop mis sur une formation de communication et d’information et pas assez sur le métier de libraire à proprement parler (c’est seulement en deuxième année qu’on entend parler de gestion, de comptabilité etc.) Certains cours sont assurés par des professionnels (libraire et éditeur), ce qui est à la fois plus crédible et plus logique.

L’avantage d’une formation en IUT ce sont les stages (un mois et deux mois) qui permettent vraiment d’entrer dans le vif du sujet. Mais il est vrai également que par rapport à un étudiant de l’INFL, nous sommes largement dépassés : ils ont plus d’expérience et donc plus de chance de se faire embaucher (je suppose).

 

Quels sont pour vous les ingrédients indispensables pour « faire » un libraire ?

Je pense qu’il faut être bon gestionnaire, avoir une culture littéraire et générale conséquente, être particulièrement calé dans un domaine spécifique (jeunesse, art etc.), qu’il faut savoir prendre des risques, qu’il faut savoir vendre, avoir le sens du contact, qu’il faut être solide physiquement, être rapide et efficace, qu’il faut savoir gérer son stress, communiquer… J’en oublie certainement mais j’ai l’impression que le libraire doit être beaucoup de choses s’il veut être bon et s’il veut se démarquer. Ah et il ne faut pas qu’il espère devenir millionnaire, ça n’a pas l’air d’arriver très souvent.

 

Comment vous projetez-vous dans la profession vis-à-vis des enjeux (numérique, ventes en ligne…) ?

On ne peut pas nier l’évidence : l’ère numérique est plus qu’un concept à la mode qui fait polémique, c’est déjà un fait. Il faut savoir vivre avec son temps et savoir s’adapter pour survivre face à des concurrents qui eux n’hésiteront pas à le faire. Le livre numérique fait peur parce qu’il révolutionne totalement le monde du livre actuel. Un changement de support, de technologie, de lecture, d’habitudes etc. : ça fait beaucoup en même temps. Je ne crois pas à la disparition du livre papier mais c’est peut-être parce que je suis une amoureuse de l’objet en lui-même, que j’ai besoin de toucher le papier, de griffonner, d’abîmer, d’user le livre, de me l’approprier totalement. J’ai besoin de voir les livres s’entasser sur mes étagères. Sauf que les prochaines générations, celles qui baigneront dans l’ère numérique dès leur naissance, n’auront pas forcément ce besoin là. C’est pour cette raison qu’un commerce – une librairie – doit s’adapter pour vendre à un nouveau genre de public. On n’en est pour l’instant qu’aux balbutiements mais tout va très vite. Concrètement, je ne connais pas encore assez le monde de la librairie pour imaginer des solutions aux problèmes posés par le livre numérique. Je ne suis pas une folle de technologies, mais le numérique possède quand même de nombreux avantages culturels (la numérisation des livres, le stockage de connaissances). Je ne connais pas de statistiques sur le sujet, mais je n’ai pas l’impression que les ventes de livres chutent à cause du livre numérique. Les gens aiment encore l’objet, l’e-book n’est pas encore rentré dans les moeurs : il est cher, a énormément de détracteurs et peut-être n’est-il pas encore assez développé pour surpasser le confort de lecture et le côté pratique du livre papier.

 

Au sujet de la vente en ligne, c’est un phénomène en plein essor, de nombreuses librairies indépendantes s’y mettent pour contrer Amazon & Cie. Je pense que c’est une nécessité économique et peut-être même une source d’avantages. Je m’explique : beaucoup de gens ont peur de rentrer dans les librairies. Ils se sentent plus à l’aise à la FNAC parce qu’ils sont protégés par la grandeur de la surface, que personne ne vient leur demander ce qu’ils veulent acheter – et tant mieux parce que la plupart du temps, ils ne le savent pas – ou s’ils ont besoin d’un conseil – s’ils viennent pour le dernier Harry Potter ils n’en ont pas besoin. Il y a une certaine catégorie de personnes qui est allergique au conseil et du coup au libraire. Et surtout la vente en ligne permet de faire comprendre aux gens que le prix du livre est UNIQUE et qu’acheter un livre chez un libraire indépendant ne sera pas nécessairement plus cher qu’ailleurs. Encore une fois, il faut vivre avec son temps : on ne peut plus se passer d’Internet, c’est un outil formidable, il faut donc l’exploiter à son avantage. Evidemment, le revers de la médaille c’est la désertion des librairies (déjà pas tellement blindées de monde). Mais c’est pareil : ceux qui aiment l’objet livre, l’ambiance d’une librairie, les conseils d’un libraire, resteront fidèles à un endroit plutôt qu’à un écran d’ordinateur. Il y a beaucoup de choses à dire sur l’ère numérique ; comme j’ai du mal à me projeter comme créatrice d’une librairie (et surtout je suppose que si cela arrive, ça ne sera pas avant dix ans au moins), j’ai du mal à imaginer où en sera l’e-book & cie. Je pense seulement qu’il faut être totalement ouvert à l’ère numérique, que de toute façon elle arrive et qu’au lieu de lutter vainement contre, il faut l’exploiter à son propre avantage et en tirer parti.

 

Souhaitez-vous vous positionner comme libraire jeunesse. Comment pensez-vous vous démarquer ? Imaginez-vous un concept ?

En fait, le côté Jeunesse m’intéresse énormément mais je ne m’imagine pas forcément me positionner en libraire Jeunesse. Je veux toucher à tout et selon les opportunités, voir après ce qui me conviendrait le mieux. Ce qui me plait dans la Jeunesse c’est l’album. Je trouve que c’est le support le plus riche visuellement, sur lequel on peut développer un contenu de qualité et qui s’adresse véritablement autant aux enfants qu’aux adultes. L’illustration et la manière d’aborder les choses, la totale liberté et l’infinie possibilité de création et d’interprétation sont réellement des choses que j’apprécie dans l’album.

Je pense que si j’étais libraire Jeunesse aujourd’hui – et imaginons, avec des sous et une surface de vente adéquate – je ferais tout pour diversifier ce que l’on trouve à l’intérieur de ma librairie (expos, conteurs, rencontres, ateliers etc).

Pour se démarquer, je pense qu’il ne faut pas avoir peur de prendre des risques pour rester fidèle à ce que l’on imaginait au début : une librairie c’est quand même une extension et un reflet de votre personnalité et de votre manière d’être un médiateur culturel. J’aime beaucoup également le concept de la librairie-café, très convivial. C’est important que les gens se sentent à l’aise, qu’ils se sentent à leur place, qu’ils aient envie de revenir.

 

Dans l’optique d’une création, comment allez-vous  choisir le nom de votre librairie ?

Je suppose que cela dépendrait déjà du type de librairie, de la ville dans laquelle elle se situe. En fait là, je sèche : je me dis qu’il me reste énormément de temps pour y réfléchir alors je laisse ça à la Roxane du futur.

 

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Merci à Roxane d’avoir accepté de répondre à mes questions. Il lui reste à bien appréhender la suite de sa formation au sein de l’INFOCOM, de continuer à faire confiance aux enseignants comme aux professionnels qui interviennent et de capitaliser dans ses stages déjà programmés pour qu’elle arrive sur le marché du travail en librairie prête à renforcer les troupes toujours vaillantes et prêtes à en découdre !

N’hésitez pas à intervenir et à réagir suite à cette interview ; vous surtout qui suivez actuellement une formation en librairie et/ou qui amorcez une démarche professionnelle en librairie.

 

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