Le soleil de Massa

Publié le 6 avril 2011 | 1 réaction

« A table ! » Tel un appel poussé par le ventre de la librairie, le Syndicat de la Librairie Française a convié associations et groupements de libraires indépendants autour d’une table le 4 avril dernier. Ne serait-ce pour qu’on puisse mettre une (belle) image sur un nom : Initiales = Sophie ; Ensemble = Giuseppa ; Procure = François ; LIL (Libraires indépendants de Lorraine) = Isabelle ; Libraires en Rhône-Alpes = Marion ; Librairies Atlantiques = Audrey ; Libraires de Poitou-Charentes = Stéphane ; Siloë = Stéphane (votre serviteur). Entre autres.

massa-s-daumay-conseil-librairie

Initiative audacieuse pour objectifs ambitieux. Comment en effet mutualiser le savoir faire des points de vente et les compétences de chaque groupement et/ou associations pour les mettre au service de la profession tout entière et au bénéfice de la clientèle ? Les échanges furent directs, concrets et divers : sur le social (convention collective), sur le commerce (relations avec les distributeurs), sur le numérique (positionnement de la librairie indépendante). Chaque participant dans sa diversité culturelle, sa spécialisation et son positionnement a pu témoigner des réalités du terrain. Les vérités sont surtout bonnes à partager dans notre milieu.

Parlons vrai : les libraires, associations et groupements n’avaient pas la prétention de mettre tout à plat en 6h et d’inventer un nouveau concept de la librairie ou un nouveau schéma commercial du livre. Mais cependant, la petite poignée de professionnels réunis a accouché de bonnes intuitions. J’ai bien dit « intuitions » et non pas « intentions » qui souvent par définition restent vaines. « Rencontrons-nous de nouveau avant les assises de la librairie en mai prochain à Lyon ! » Tel fut le mot de la fin et avant que les forces vives des associations et Groupements viennent occuper pacifiquement mais professionnellement le 2ème étage de l’hôtel de Massa.

Qu’on se le dise ! En toute logique, dès le mois de septembre 2011, plusieurs permanents et autres secrétaires généraux devraient prendre possession d’un espace commun à l’hôtel de Massa dans le 14ème arrondissement de Paris, siège de la Société des Gens de Lettres et où le SLF a installé ses locaux depuis près de 2 ans. Un vrai repère de pro ! Pas un nid de vipère et encore moins un panier de crabes mais plutôt un futur observatoire (laboratoire ?) de la vraie vie des vrais libraires foncièrement indépendants et assurément déterminés. Cà tombe bien, les fenêtres donnent sur l’Observatoire de Paris, ce qui nous permettra d’en faire bon usage. Allez savoir, s’il y a de la vie sur Mars, à mon avis Google et Amazon ne vont pas tarder à s’implanter… Promis, j’en ferai un papier si d’aventure j’observe John Gray faire du commerce de produits culturels entre Mars et Vénus avec des frais de navette spatiale offerts.

A défaut de promettre la lune, voici une rencontre voulue et animée par un SLF (plus attentif et pugnace que jamais) qui a mis en lumière les forces et les leviers d’actions possibles de la librairie fédérée autour de structures viables et représentatives. Ce 4 avril est une date clef pour le rayonnement et les enjeux de la librairie de demain. Si l’histoire de France est marquée par le soleil d’Austerliz, gageons que l’histoire de la librairie française connaitra son soleil de Massa.

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Happy culture

Publié le 14 août 2010 | 3 réactions

En pleine torpeur estivale, la réalité peut vous réveiller dard-dard sous les traits d’une innocente abeille. L’autre jour, une amie qui savait que j’évoluais dans le monde de la librairie, m’a demandé si je pouvais lui trouver un livre dont elle avait entendu parler. Mu par mon instinct de commerçant et soucieux de vouloir lui rendre service, je me jetais sur une base de données pour trouver les référence précises d’un ouvrage sensé aborder l’apiculture. « Ça serait drôle si c’était chez Polen diffusion ! » me dis-je en ouvrant l’ordi. Je n’avais que quelques mots clefs griffonnés sur un bout de papier mais bingo ! Je lui imprimais la notice bibliographique après m’être rendu compte que le livre étant édité en Belgique et sans distributeur en France, je pouvais lui proposer un plan B pour faire venir par les airs le livre convoité en faisant appel à un confrère belge, grâce à la ruche de libraires où j’exerce,  qui par téléphone me cria : « Je l’ai ! » Royal !

Tel apis ayant repérée une belle plante, je courais jusque chez mon amie pour lui signifier d’une voix mielleuse que son livre sur l’apiculture pouvait lui être livré à domicile dans les 3 jours. Car je ne voulais pas que ma « cliente » de circonstance aille butiner  comme elle le laissait entendre du côté de la FNAC, quelque peu fanée il faut bien l’avouer. Non pas la cliente mais la FNAC…

 mireille-abeille-gallimard-sdaumay

Plus puissant que les alvéoles de la FNAC, plus redoutable que le rucher Cultura, plus fatal qu’un essaim de libraires indépendants recouvrant la ville, le dard Amazon avait encore frappé entre temps. Alors que mon libraire belge en bonne ouvrière avait survolé tous ses champs livresques à la recherche de l’objet tant convoité, le livre « Etre performant en apiculture » venait d’être commandé sur le site hégémonique. Piqué au vif, je lui décochais un regard venimeux. J’avais le bourdon.  

Le soir en question, je prenais une tisane avec une cuillérée de miel. Cette nuit là je fis le pire cauchemar de ma carrière professionnelle. En tapant mon code de CB sur le site d’Amazon, je validais de fait une transaction. Dans les 48h j’allais recevoir le livre « Etre performant en librairie ». Quelle abeille m’avait donc piqué ?

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L’été meutrier

Publié le 14 juillet 2010 | 1 réaction

Il y a des articles dans Livre-Hebdo  qui mériteraient de paraître dans les  pages nécrologies. A se demander si dès la rentrée, l’hebdomadaire professionnel ne devrait revoir sa maquette.

En effet, lorsque l’on prend connaissance de l’article de Cécile Charonnat paru dans le dernier numéro de Livre-Hebdo à propos de la fermeture programmée de 5 librairies dès cet été, on comprend mieux pourquoi il y a plus de facteurs  anxiogènes que de raisons d’espérer.

 été meurtrier-sdaumay

L’année 2010 est compliquée pour le commerce de la librairie : trop peu de fréquentation, baisse du chiffre au comptant, des collectivités qui remettent en cause leurs commandes, des mises en places au compte-goutte, des taux de retour qui atteignent des chiffres qui seraient qualifiés d’obscènes si on les écrivait sur les tableaux des salles de l’INFL. Sans parler de la trésorerie ! Ce levier d’ action à court terme, cette poire qui permet d’étancher sa soif de commercer et d’investir. Comment réagir en de telles circonstances ?

A six mois du 31 décembre , difficile d’écrire le scénario de la fin d’année. Il n’empêche, la situation est compliquée comme jamais pour la librairie indépendante. Idem pour les enseignes. C’est l’acte d’achat du livre dans les commerces de la librairie (et non la vente en ligne) qui est remis en cause. Et certains éditeurs sont bien conscients qu’à terme c’est leur activité qui peut être mise à mal. A l’image du groupe Parole et Silence / DDB qui propose au réseau des librairies religieuses la mise ou remise en place de ses « essentiels » avec surremise et échéance ou à l’initiative du début d’année de Viviane Hamy (voir article du 6 février) pour aider les libraires dans la diffusion de son catalogue, les synergies communes dans l’interprofession doivent permettre d’imaginer une autre forme de travail commun pour un objectif unique : la présence du livre dans les librairies physiques, le soutien à la production éditoriale à travers les éditeurs et enfin la survie du libraire, personnage passionné et dernier maillon dans la chaîne du livre. S’il devient le chaînon manquant, ce n’est pas que l’été qui sera meurtrier, mais la prochaine décennie culturelle qui sera assassine pour tout le monde (auteurs, imprimeurs, éditeurs, diffuseurs, transporteurs, libraires et…clients).

Comme Pierre Desproges, je suis contre la mort et prêt à signer une pétition. Sauf que pour moi, peu importe la forme qu’elle puisse prendre (fermeture de librairie, décès d’un auteur, livre épuisé). Alors pour vivre heureux au moins durant cet été meurtrier, ne négligeons pas la fréquentation des librairies et passons le message autour de nous. Petits moyens mais nobles intentions… C’est un peu comme l’autre jour où je prenais un pastis (saison oblige) avec un éditeur qui parlait de son site (non marchand). Innocemment, je lui demande s’il renvoie la vente de son catalogue vers une librairie en ligne. « Oui, me répond-il sans s’émoustiller,  vers Amazon ».  Là, c’est carrément assassin comme position et je lui ai fait comprendre par A + B qu’il se fourvoyait. Comme quoi, y’a du boulot, même en été !

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A moi Lagarde !

Publié le 8 juillet 2010 | pas de réaction

Rilance : « Subtil dosage entre des mesures de responsabilité dans une situation exceptionnellement difficile » Christine Lagarde, 4  juillet 2010, Aix-en-Provence

Je préconiserais bien à notre Ministre de l’Economie de demander conseil auprès des professionnels de la librairie sur leur maîtrise de la « rilance » qu’ils pratiquent assidument et scrupuleusement de générations en générations (et pour les siècles des siècles ?).

Car de tous temps, les situations ont été exceptionnellement difficiles pour la librairie (fin des années 70 avant le prix unique, arrivée de la FNAC, holdings dans le monde de l’édition, implantations de grandes surfaces culturelles, surproduction éditoriale, coûts des transports, loyers de centre-ville, bas salaires, faible rentabilité…) et ont nécessité un subtil dosage entre des mesures de responsabilités (formation professionnelle, travail des grilles d’offices, commissions commerciales, nouvelle classification, informatisation des stocks, optimisation des flux…)

 christine lagarde-sdaumay

Entre nous, Christine, vous ne souhaiteriez pas coucher sur le papier toutes vos théories qui parlent depuis toujours aux libraires ? Promis, on fera des efforts pour les mises en place et l’organisation de signatures… Vous n’en feriez pas l’Economie de celles-ci !!!

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