Sacrées librairies !

Publié le 18 décembre 2009

En cette fin d’année, je souhaiterais rebondir sur une discussion que j’ai eue avec une cliente d’une librairie religieuse. En effet, alors que j’officiais au printemps dernier à la libraire Siloë du Mont-St-Michel, une femme m’affirmait sans ambages que pour elle, bien évidemment et tout naturellement, la librairie religieuse revêtait un caractère sacré.

Qu’en est-il généralement dans la corporation restreinte des libraires religieux ? Comment les libraires religieux (et pas forcément ceux des officines ésotériques) se positionnent-ils face à un public éclectique, répondant à une démarche spirituelle, à un approfondissement de leur foi, à une volonté de s’engager plus avant par le biais d’ouvrages religieux ? L’espace public (tel que peut être défini un commerce ouvert sur la rue et recevant des particuliers comme des collectivités, associations, entreprises, paroisses, écoles…) dans une librairie religieuse (proposant des ouvrages axés sur les religions, l’étude des textes Sacrés, les témoignages d’acteurs engagés dans leur foi, l’éducation à la foi, l’initiation aux rites, l’histoire des religions, la théologie…) est-il soluble dans une dimension sacrée ?

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Je pose d’autant plus aisément la question que dans mon parcours qui m’a amené à évoluer aussi en librairies religieuses (Procure et Siloë) je ne me l’étais jamais posée en ces termes. Sans doute pourrais-je affirmer au nom de mes anciens collègues, qu’être libraire religieux ne se pratique pas comme un karaoké à la Grande Motte au 14 juillet : tout le monde est bon public, on est dans un environnement porteur avec un tas d’amis de circonstances pour vous faire avancer…ou trébucher. Non, la librairie religieuse nécessite un réel engagement personnel et ne laisse pas de place à l’improvisation. D’autant que le métier n’évite aucunement les problématiques liées aux librairies généralistes et rejoint ainsi dans leurs fonctionnements les librairies spécialisées qui ciblent un public engagé, motivé, preneur et prescripteur.

Alors oui, pour moi il y a une dimension sacrément singulière à travailler en librairie religieuse. De là à évoquer le saint des saints dans les rayons… Quand bien même j’ai observé un certain nombre de fois des clients se signant devant la librairie, d’autres invoquant tous les dieux et les diables en achetant de l’encens ou d’autres encore me saluant d’un « mon père » de circonstance n’imaginant pas un instant la présence réelle d’un possible laïc en ces lieux… Je reste très prosaïque voire iconoclaste en estimant que le commerce de la librairie ne souffre pas d’une dimension sacrée. Commercer (du livre) ne s’accorde pas avec implorer (un dieu). Sauf peut-être lorsqu’il s’agit d’une librairie d’abbaye ! Sacré débat !

Et je reprendrai pour venir troubler mon argumentaire, les propos de Wassyla Tamzali (ex directrice de l’UNESCO pour les droits de la femme) tenus dans « Marianne » du 5 décembre dernier qui estime que « l’idée européenne c’est tout de même de tirer les nations vers un monde désacralisé« . Et les librairies religieuses alors ?

Trembez libraires religieux ! Devrez-vous trouver refuge dans les catacombes dès demain ou bien vous convertir sur l’autel de la raison au politiquement correct et ouvrir un rayon dédié à l »Etre Suprême ? Question on ne peut plus ouverte d’esprit…

Alors j’attends les commentaires avertis des libraires religieux ou non. Spécialisés ou pas. Clients comme fournisseurs. Et offrez à méditer pour les fêtes ce commandement des libraires religieux : « Tu ne dirigeras pas tes achats dans les chutes de l’Amazon. Le chemin du livre sacré vers le Portail te sera révélé ! » (voir article du 11 décembre)

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