Lumière sur les ombres de Katyn

Publié le 06 mars 2020

 
Il ne tirait pas, il travaillait.

Vladimir Zazoubrine, « Le Tchékiste », 1923

Cette citation, tirée du documentaire « Les bourreaux de Staline – Katyn 1940 » diffusé sur Arte, résume l’idéologie de toute une période qui, sous le régime soviétique, a conduit à un massacre. Celui de Katyn et l’élimination de 4.500 officiers polonais. Cet épisode tragique, et méconnu en Europe de l’Ouest, est remarquablement mis à l’écran par Cédric Tourbe dans ce travail de mémoire.

L’Histoire a souvent rendez-vous avec la littérature pour reformuler, transposer, voire sublimer les faits. Rendre hommage à travers les pages. Témoigner de paragraphes en chapitres. Démontrer au fil du récit. Les romans historiques invitent à se pencher plus avant sur les faits, le contexte ou encore les personnages du passé. Les auteurs d’histoires sont pléthoriques. D’aucuns survolent à leur gré les vérités de la grande Histoire. D’autres s’imprègnent d’une réalité historique sans faille pour appuyer leurs récits, alliés à une plume svelte et concise. Ainsi écrivait Philip Kerr.

Dans « Les ombres de Katyn » paru en 2015 aux éditions du Masque, puis en Livre de Poche, le regretté Philip Kerr (1956-2018), auteur à succès avec « La trilogie berlinoise », dresse le portrait improbable de l’inspecteur allemand Bernie Gunther confronté à la réalité des champs de bataille sur le front Est, à la suite de l’opération Barbarossa. Lequel, bien malgré lui, se retrouve au cœur de la forêt, dite de Katyn, dans la Biélorussie d’aujourd’hui, afin de percer le mystère de ce massacre de masse, qui, au final, verra l’élimination de 22.000 prisonniers de guerre Polonais. Crime imputé aux nazis en 1941, tandis que le joug soviétique s’était abattu dès 1940.

Mais laissons l’inspecteur Gunther nous relater le début de son enquête et jeter une lumière crue sur les ombres Katyn :

« Il faisait encore jour, mais tout juste, lorsque nous arrivâmes à Smolensk sept heures plus tard. Pendant près d’une heure, nous avions survolé un épais tapis vert s’étendant à l’infini. On aurait dit qu’il y avait plus d’arbres en Russie que n’importe où ailleurs sur la terre. Il y en avait tellement qu’à certains moments, le Junkers semblait immobile dans les airs, et j’avais l’impression que nous dérivions au-dessus d’un paysage primitif. Je suppose que la Russie est ce qu’on peut trouver de plus proche, à bien des égards, de ce que devait être la planète il y a des milliers d’années ; c’était un lieu idéal pour un être humain. Si vous aviez l’intention de dissimuler les cadavres de milliers de Juifs ou d’officiers polonais, ça paraissait un bon endroit pour le faire. Vous auriez pu cacher toutes sortes de crimes dans un paysage comme celui qui défilait sous l’avion, et sa vue me remplit d’effroi, à cause non seulement de ce que je pourrais trouver en bas, mais encore de ce à quoi je risquais de me trouver moi-même confronté. »


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