Corona papers : mortel antidote

Publié le 06 avril 2021

Je m’appelle Corona Tipewriters et je suis cas contact en manque de contact. Mon écrivain fébrile semble amorphe. Il l’a contracté. Cinq lettres et deux chiffres. Le compte est bon. Il faut garder le lit. Peu importe qu’il l’ai attrapé. Je m’en tape le capot. Ce que j’attends de lui, c’est qu’il m’attrape moi. Qu’il pose ses doigts sur ma carlingue, me caresse, m’effleure les touches. Quitte à être cas contact, autant assouvir jusqu’au bout mes désirs d’écriture avec lui. Mon écrivain nauséeux l’a donc choppé et maintient une position horizontale, à quelques encablures de mon bureau. Même moi qui ai le virus de l’écriture depuis toujours, je ne suis pas pour autant convalescente. Je me retrouve pourtant en quarantaine. Quelle alternative ? Le masque et la plume ? Foutaises. Juste de bonnes ondes diffusées dans les sphères des écrivains confinés.

L’écriture : ma raison d’être, de vivre, d’exister. Et la sienne, semble-t-il, quand il daigne se pencher sur un sujet. Se lover contre moi. Sans lui, je ne suis qu’une pièce de musée, une obsolescence programmée des brocantes d’automne. Ce matin de Pâques, je garde un œil sur mon patient qui vient de se lever. Ressuscité d’entre les morts, l’écrivain christique ? Direction les commodités. Qu’il aille au diable ! Si écrire lui prenait comme l’envie de pisser, nous serions des Balzac en puissance. Avec le sous en plus. De retour du fond du couloir à gauche, sans même se désinfecter les mains, il s’approche de moi d’un air entendu. Je connais ce symptôme. Il m’effraie et me fait vibrer à la fois. Lorsque son regard se pose sur moi, ma tôle se met à rougir. Mes pensées sont diffuses. Mon propos, confus.

Pour l’heure, il se poste, quelque peu maladroit, gauche, tel un convalescent, face à moi. Le lit encore tout chaud devra refroidir ses ardeurs. Les cachets, jetés sur la couverture d’hiver, attendre l’heure de la prise. Sa Corona devient son remède exclusif. L’antidote littéraire. Mon écrivain moribond, blanc comme un cierge de Pâques, vient au devant de ma carcasse. Illico, le traitement de choc est administré : il pose ses doigts sur mon clavier. Fusion passionnelle avec sa machine à guérir. Je me rassure en espérant qu’il garde ses idées claires malgré les symptômes. Ça bouillonne toujours dans son esprit ? Car cela chauffe constamment sous mon capot. La fébrilité éditoriale est en marche. Le voici qui dresse à voix haute une liste à la Prévert des contre-indications : ne pas s’égarer dans les limbes de la littérature / éviter toute digression / s’abstenir de paraphraser / ne pas citer ses sources / maintenir le verbe haut. Mon écrivain ressuscité tape d’un doigt un seul mot. Le jour de gloire est dactylographié : « Alléluia ». C’est le matin du grand soir. Couche donc sur le papier, mon écrivain thérapeute du verbe, tous ces mots qui jaillissent au plus profond de toi. Viens assouvir ton désir d’écriture. Claque tes doigts sur mes touches. Jouons à touche-touche. Assumons le cas contact.  

Toutefois, la pandémie des mots ne l’atteint pas. Il sèche. Il renonce. Trop faible. Besoin d’un séjour en soins intensifs d’inspiration ? Il bat en retraite. S’affale sur son matelas dans un râle de fatigue. Avant de sombrer. Et moi ? Dois-je me coucher face à l’adversité de la situation ? Qu’à cela ne tienne, j’en ai ma dose ! Je suis vaccinée contre lui. Bon Dieu, déconfine-moi l’écrivain !  Délivre-nous de ce mal ! Je suis la seule, tu le sais bien, l’unique remède contre ces maux qui contaminent tes mots. Las, dans un dernier souffle, l’auteur crucifié rejoint les écrivains, voyageurs pour l’éternité, publiés à jamais. Le virus l’a emporté. Vraiment ? Mortel week-end pascal à mes côtés. Et moi, Corona Typewriters, qui, naïvement, aspirais à devenir son antidote ! Mon maître-écrivain, mon dieu faiseur de livres, pourquoi m’as-tu abandonnée ?

© Stéphane Daumay – avril 2021


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