Les racines du marronnier littéraire

Publié le 3 août 2016 | pas de réaction

A chaque corporation son « marronnier » annuel. Ce terme journalistique, repris par la sphère du marketing, explique pourquoi les grandes surfaces mettent en place des promotions sur « l’univers du blanc » en janvier ou théâtralisent leurs surfaces de vente lors d’une foire aux vins à l’automne. Idem pour les hebdomadaires qui publient le palmarès des villes où il fait bon vivre avec une régularité digne d’un coucou suisse. Tandis que les concessionnaires automobiles ouvrent leurs portes et celles de leurs berlines avant l’été. Enfin, l’immuable fête des mères est inscrite par le marbrier du marketing sur le calendrier des postes (et du commerce) chaque dernier dimanche de mai, à la grande satisfaction de tout le microcosme de la consommation. Vous l’aurez compris, un « marronnier » c’est une actualité commerciale ou éditoriale qui revient chaque année et à laquelle il est difficile d’ échapper.

 

Le livre est logé à la même enseigne. Et plus précisément les romans. La rentrée littéraire incarne le marronnier de la chaîne du livre, même si pour l’ensemble des éditeurs le programme de septembre-octobre concentre le plus gros de leur activité annuelle. Un marronnier donc, aux multiples ramifications et aux boutures généreuses. Non seulement l’éditeur crée l’évènement mais le libraire l’accompagne avec l’ampleur qu’il souhaite lui accorder. Nous parlons ici de la face visible du marronnier littéraire. Les racines en sont multiples et pléthore de jardiniers s’attèle à la tâche bien en amont afin de fournir à l’arbre engrais, lumière et visibilité. Pour qu’au final la récolte augure des plus beaux fruits littéraires et apporte les meilleurs rendements commerciaux.

 

Qu’on se le dise, la rentrée littéraire est déjà bouclée bien avant l’été. Pour cela, le rituel est parfaitement rodé : programme éditorial couché sur le papier en janvier au plus tard ;  stratégie marketing étudiée au printemps ; budget promotionnel validé par les contrôleurs de gestion ; plan promo média finalisé par le service de presse ; tournées d’auteurs, salons littéraires et autres interviews quasi programmés. Rien (ou presque !) n’est improvisé et une vraie dynamique promotionnelle et prescriptive au bénéfice du programme éditorial est mise en place par les directions commerciales et les attaché(e)s de presse. Car l’équilibre budgétaire d’une maison d’édition, à la ligne éditoriale principalement littéraire, est intrinsèquement dépendant des « mises en place » de la rentrée, liées elles-mêmes aux objectifs décidés par l’éditeur et corroborés ou ajustés par son diffuseur. A savoir combien d’ouvrages seront travaillés par les libraires ; quel nombre d’exemplaires trouveront leur place sur les tables des librairies indépendantes et les enseignes ainsi que sur d’autres points de vente grand public (GSS et GSA – grandes surfaces spécialisées et alimentaires) tout comme des lieux plus confidentiels (maisons de la presse, boutiques de musées, mémorial…).

 

La chaîne du livre, bien huilée pour ce « marronnier », s’est mise en ordre de marche depuis des mois pour réussir cette rentrée (chez le libraire). Oui, le terme est fort approprié. L’éditeur, à travers l’auteur et son manuscrit, doit « rentrer » en librairie. Plutôt que de subir la rentrée littéraire et de décider seul parmi les 560 romans annoncés pour l’automne 2016, le libraire, ultime maillon de la chaîne du livre avant le lecteur, peut à dessein compter sur toute l’interprofession pour accompagner, influencer voire diriger et au final valider son choix. Avant l’été les réunions de la rentrée littéraire¹ servent de répétition générale. Toute la chaîne du livre est à l’occasion en pleine effervescence. Aussi complexe qu’indispensable, elle échappe dans sa structure à ceux qui fréquentent les librairies. Explications.

 

Voyez le livre par un autre prisme et imaginez un sorbet de glace. Du producteur au consommateur, la chaîne du froid doit impérativement être respectée (camion frigorifique, sac congélation, congélateur) pour qu’au final le sorbet soit dégusté par toute une tablée. Il en va de même pour un ouvrage. La chaîne du livre doit être suivie scrupuleusement (éditeur → diffuseur → distributeur → libraire) pour que le lecteur puisse choisir et acheter le bon livre, au bon moment, sur le bon point de vente, sur la bonne tablée et apprécier son achat. Loin d’être un joug qui rendrait ses auteurs, compositeurs et interprètes assujettis et esclaves les uns aux autres, la chaîne du livre est cependant intrinsèquement interdépendante pour la bonne diffusion et distribution du livre. Un peu de pédagogie à destination d’un public non initié.

 

RENTREE LITTERAIRE

Paris, le 20 avril. Les auteurs Flammarion face aux représentants. CYRIL BITTON/FRENCH POLITICS POUR L’EXPRESS

 

Le diffuseur, que j’avais fut un temps défini avec malice comme la force obscure de la chaîne du livre, vient « diffuser » l’information auprès du libraire pour lui présenter un programme de nouveautés (office), d’opérations commerciales (florilège de poches, thématique culinaire, cahiers de vacances…), de sélections de fin d’année ou tout simplement faire un pointage des meilleures ventes comme du fond de catalogue (réassort). A travers son délégué commercial qui vient régulièrement à la rencontre des libraires de son secteur, le diffuseur représente souvent plusieurs maisons d’éditions. Par exemple le représentant GEODIF (groupe Eyrolles) présente aux libraires le catalogue des Éditions Eyrolles (maison d’édition du groupe) ainsi que d’autres éditeurs tiers (prestataires de cette diffusion et n’appartenant pas au groupe Eyrolles) comme les Éditions Quae, les Éditions de Saxe ou encore les Presses Universitaires de Rennes. Seules quelques rares maisons ont leurs représentants « exclusifs » (École des Loisirs, Gallimard, Robert Laffont, Albin Michel…). Le diffuseur est garant des CGV (Conditions Générales de Vente) négociées avec le libraire ( % de remise sur PPHT – Prix Public Hors Taxe ; échéance de paiement ). Le diffuseur, au cours d’un bilan annuel, doit faire appliquer des critères d’évaluation, tout autant quantitatifs (nombre d’exemplaires commandés sur l’année) que qualitatifs (vitrine dédiée à l’éditeur, inviter un auteur). Ces critères, dûment suivis, permettent au libraire de voir sa marge (% de remise) augmenter pour qu’il puisse dégager une (faible) mais viable rentabilité. Pour mieux comprendre les subtilités évoquées, le Syndicat de la Librairie Française a publié un dossier complet à propos des usages commerciaux.

 

Interforum Editis

A Malesherbes (45), dans le bâtiment principal d’Interforum. OLIVIER DION pour Livres-Hebdo

 

La diffusion resterait une coquille vide, tel un chef cuisinier sans son cellier, si elle ne faisait appel à un distributeur, qui sans surprise distribue les livres. A ce jour, une petite dizaine d’acteurs se répartissent le marché en France. Jouant un rôle essentiel et déterminant en tant que plateforme logistique, le distributeur entrepose les ouvrages (jusqu’à 80 millions de livres par exemple à la Sodis), les expédie sur les points de vente et gère les invendus en librairie, nommés « retours ». C’est aussi lui qui facture aux libraires leurs approvisionnements. Surtout, le distributeur fait office de « ventre » des métiers du livre. C’est là où tout s’opère à l’ombre des entrepôts. Une vraie ruche animée en permanence par des opérateurs de saisies, des magasiniers, des caristes, des chargés de clientèle, de relation éditeurs, relation clients, des directions commerciales, suplly chain…. Ces infrastructures, pouvant s’étendre sur plusieurs hectares, se nichent dans des zones industrielles à la plastique singulière et se démarquent des bureaux haussmanniens de nos éditeurs parisiens : Lagny s/ Marne (77) pour Sodis ; Sermaises (45) pour Union-Distribution ; Malesherbes (45) pour Interforum ; Maurepas (78) pour Hachette. La gestion des flux est plus qu’un métier : ce sont de multiples talents mis au service de la face cachée du livre, autant ignorée du grand public qu’indispensable pour les acteurs du livre. Eux-mêmes en ignorant souvent la complexité et l’énergie déployée. Véritable organisation industrielle, la supply chain (gestion de la chaîne logistique) des distributeurs permet de livrer tout point vente dans les meilleurs délais. Le fameux délai de livraison permet aux libraires de recevoir les colis dans les 48h ouvrés suite à la passation de commande. Lorsqu’il s’agit d’une commande client, la formule réactivité libraire + délai livraison restreint permet d’obtenir un résultat consolidé et pérenne entre le libraire et son client. Un vrai service client de qualité rendu possible par toute la machinerie du livre qui se met en ordre de marche au quotidien dans des conditions optimales, avec une attention portée à la rentrée littéraire qui sera servie en librairie dès la deuxième quinzaine d’août.

 

Au fait, la rentrée littéraire, c’est pour demain ? Parfait ! Elle est prête depuis hier ! Et pour appuyer dès à présent ce petit tour de la chaîne du livre, je vous invite à découvrir d’autres coulisses du marronnier littéraire en vous glissant dans une autre bogue. Celle de l’hebdomadaire l’Express qui a publié un excellent reportage sur le sujet :

 

¹Avant la rentrée littéraire, les éditeurs sortent le grand jeu. L’EXPRESS. Par Marianne Payot et Delphine Peras, publié le 26 juin 2016

 

« Book fiction » en Suisse Romande

Publié le 12 novembre 2015 | pas de réaction

Non, ce n’est pas le détournement d’un article paru en Suisse. N’y voyez pas plus la volonté de noircir le tableau de la librairie francophone. C’est avant tout l’occasion, à travers ce papier réapproprié pour la cause, de rappeler combien le marché du livre, comme le marché du disque, sont confrontés à des problématiques souvent communes, voire transposables. C’est l’objectif de ce dossier. Oui, l’avenir de nos métiers est lié à la capacité de passionné(e)s à transmettre et prescrire une culture. Qu’ils soient disquaires comme libraires.

 

<< Le métier de disquaire [libraire] est en voie de raréfaction

 
Cette année, aucun nouvel apprenti ne sera formé dans la branche. Le marché du disque [livre] n’est pourtant pas moribond. Laurent Sambo et Michel Pavillard, disquaires [libraires] militants à Genève, se battent contre le téléchargement.

book fiction en Suisse Romande, amoureux du disque [livre]

Laurent Sambo et Michel Pavillard, amoureux de la musique [du livre] Image : Georges Cabrera

Le cru 2015 d’apprentis disquaires [libraires] sera le dernier. La formation spécialisée périclite en Suisse romande. La branche Musique [Librairie], confiée à l’association Suissemusic [Suissebook] par l’Ecole professionnelle de commerce de Lausanne, ne sera pas reconduite l’année prochaine. Daniel Claro est l’ultime «survivant» de la formation romande de disquaire [libraire] : Je suis à peu près le seul musicien [lecteur] de toute l’école, mais on s’y habitue. J’espère pouvoir travailler dans ce milieu que j’aime, mais je ne sais pas si le métier va perdurer.

Le manque d’élèves apprentis a conduit à fermer la formation en Suisse romande. A ma connaissance, nous sommes deux disquaires [libraires] pros officiels encore en circulation, les autres sont des passionnés formés sur le tas, explique Laurent Sambo, professeur au sein de Suissemusic [Suissebook], et professionnel dans la vente de disques [livres] au magasin Plain Chant [Plain Auteur], à Genève.

Nouvelle recrue sur le marché du travail, Lula Lotrecchiano a fait son apprentissage à la maison Foetisch [librairie Privat] de Lausanne. La Vaudoise de 19 ans a validé un apprentissage de trois ans et une année d’expérience professionnelle au sein de l’enseigne genevoise O’CD [O’Livr], à Plainpalais. Quand j’étais petite, je voulais être vétérinaire. Puis mon père m’a donné le goût de la musique [lecture], et c’est devenu une vocation, se souvient Lula. J’envisage de rester le plus longtemps possible dans ce milieu, et même de me diversifier dans d’autres supports, voire dans l’univers du cinéma [de l’édition]. De belles ambitions pour une jeune femme qui regrette que l’offre et la demande d’emplois de disquaire [libraires] s’enlisent. L’apprentissage est ignoré par la jeunesse, et la grande distribution de musique [produits culturels] ne cherche pas prioritairement cette spécialisation.

 

Structures de passionnés

 

La mort du disque [livre] ? Laurent Sambo s’y refuse catégoriquement. Sa petite boutique, rue du Stand, à Genève, prospère. Son collègue, Michel Pavillard, se veut optimiste : En Suisse, les disquaires [libraires] indépendants s’en sortent. Ce sont les petites structures de passionnés avec peu d’employés qui tournent. Même si les ventes n’ont pas décollé cette année, les deux associés dédramatisent : Les discothèques [bibliothèques] municipales ont réduit leurs commandes et certaines ont même fermé. […] Un désamour qui dure, et qui n’a pas aidé le disque [livre] à sortir de la crise dans les années 2000.

Pourtant, les deux amoureux de la musique [du livre] entrevoient sereinement l’avenir. Sur le long terme, le marché n’est pas près de disparaître. Les mélomanes [lecteurs] continuent d’arpenter les rangées de CD et de vinyles des disquaires [des rayons littératures] à la recherche de petits trésors. Beaucoup de gens nous disent qu’ils ne téléchargent plus. Malgré l’hyper-concurrence des sites de vente en ligne et des grandes chaînes, les gens achètent encore chez les disquaires [libraires]. C’est redevenu très attractif de se réapproprier physiquement son disque [livre, assure Laurent Sambo. Un constat partagé par Antonino Fortunato, gérant de Transfert Music [Transfert Book], à Yverdon-les-Bains. Cela fait trente ans que je vends des vinyles et des CD [livres], et je peux vous assurer que les jeunes se rendent compte que le son [livre] téléchargé est de moins bonne qualité», explique le passionné.

 

Des disques [livres] moins chers

 

Plus surprenant encore, les jeunes ne désertent pas ces commerces. Le prix du disque [livre] ayant baissé – en moyenne 20 fr. –, un élan de popularité est né dans la nouvelle génération. La musique [la lecture] est décloisonnée, elle se démocratise», s’enthousiasme Laurent Sambo, qui voit une nouvelle demande émerger, en quête de styles musicaux [littéraires] divers et variés. Le seul véritable risque, c’est que les gens oublient que notre activité survit, conclut-il fatalement. On le croyait moribond, le disque [livre] renaît de ses cendres. >>

 

Pauline Bufflier [Stéphane Daumay], 17 août 2015 [12 novembre 2015]

www.24heures.ch

 

Article original : http://www.24heures.ch/suisse/metier-disquaire-esten-rarefaction/story/14766485

 

Mille et une feuilles de thé

Publié le 14 avril 2015 | 1 réaction

Une librairie n’est pas nécessairement qu’un espace dédié à la promotion et la vente d’ouvrages. Parfois, de véritables concepts voient le jour avec comme fil conducteur, hameçon ou prétexte, le livre. Ainsi, certaines librairies ont fait le choix d’une activité commerciale en partie dédiée au commerce du livre, et de l’autre aux plaisirs de la table. Je vous propose une petite visite guidée pour découvrir ces lieux inédits entre l’Essonne à la Sologne.

 

Quel sont les points communs entre les petites villes de Montrichard (Loire et Cher) et Bièvres (Essonne) ? D’abord leur nombre d’habitants avec respectivement 3.500 et 4.500 habitants. Ensuite la proximité de forêts luxuriantes. Puis leurs librairies qui ont chacune de leur côté développé un concept aussi simple que gourmand : allier bonnes pages et bonne chère.

 

Sur les bords du Cher, La plume des thés concentre trois activités entre librairie, petite restauration et salon de thé. Isabelle Bosq s’est associée à Romain Boffy pour mettre sur pied cette librairie à part en juillet 2014. Il lui a fallu plusieurs mois de réflexion en plus d’une formation à l’INFL pour définitivement valider son projet. Dans cette charmante ville déjà bien fournie en commerces et à l’ombre d’un donjon du XIIème siècle, ni trop près ni trop loin de Blois (50km), La plume des thés s’appuie sur une zone de chalandise de 12.000 habitants qui draine ainsi une clientèle qui a trouvé ses marques et gravé ses habitudes. L’activité du premier Noël  s’est avérée encourageante et se sont maintenant des habitués qui viennent chaque midi se sustenter. En plus de cette petite restauration, le salon de thé se démarque car il est le seul présent dans la ville et offre 14 places assises à proximité du rayon littérature, polars et BD adultes.

La plume des thés Montrichard

 

 

La plume des thés a voulu se différencier également de la Maison de la presse présente dans la même rue et qui offre un choix en librairie tourné vers le grand public. Isabelle Bosq et Romain Boffy travaillent autour d’une offre qualitative avec comme ligne éditoriale la littérature, le polar, la jeunesse et la BD. Sur deux niveaux, ce sont 3.400 références qui sont proposées à la vente avec de nombreux coups de cœurs appuyés par des rencontres et des lectures. Le premier étage de 30 m2 est dédié à la jeunesse et offre ainsi un espace privilégié tandis que toute l’offre pour adulte jouxte au rez-de-chaussée la salle de restauration.

Isabelle Bosq et Romain Boffy avouent sans fard « s’éclater » dans ce qu’ils font et que l’activité correspond bien a ce qu’ils imaginaient. Et ce malgré l’énergie dégagée et les heures d’ouvertures contraignantes. En effet, La plume des thés est ouverte tous les jours pendant l’été, y compris le dimanche, permettant ainsi aux touristes comme aux habitués de découvrir les coups de cœur d’Isabelle et de Romain tout en appréciant un bon thé agrémenté d’une bonne pâtisserie. Isabelle est néanmoins frustrée de ne pouvoir tout lire. Elle rejoint la longue lignée des libraires qui, faute de temps, ne peuvent étancher leur soif de lecture… Ceci dit, qu’on se rassure. A la librairie/salon de thé La plume des thés il est possible de déguster jusqu’à plus soif autant de saveurs de thés que de bonnes pages de livres. Qui a dit que littérature et gourmandise ne faisaient pas bon ménage ? Allez donc sur les bords du Cher pour en apprécier les bienfaits !

La plume des Thé 63, rue Nationale 41400 Montrichard tel : 02.54.32.55.23

Facebook : https://www.facebook.com/pages/La-plume-des-th%C3%A9s/496779083775684?sk=info&tab=overview

 

 

horloge_cuillere_fourchette

 

Jouxtant la forêt de Verrières, la ville de Bièvres possède à l’ombre de son clocher du XVIème siècle une librairie (mais pas que) dirigée par Véronique Banuls. Devenue libraire sur le tard, elle nous offre en plus des 10.000 références de livres, un restaurant- salon de thé-expositions-concerts-cours de pâtisseries. Et je dois en oublier ! Lieu par excellence d’expression libre de la culture, la librairie Mille Feuilles propose fort à propos un millefeuille culturel. En 5 ans, la relation avec la clientèle s’est bâtie sur ce concept très séduisant et assurément percutant.

L’endroit est vivant, lumineux, la fréquentation au rendez-vous, la clientèle est conquise. Seulement, cela demande une réelle polyvalence de la part de toute l’équipe pour accueillir, conseiller et servir à la fois. Pari réussi. Lorsque je m’y suis rendu au début du printemps avec une amie qui voulait me faire découvrir ce lieu insolite, j’ai gardé à l’esprit cette belle image de toute une équipe attablée en fin de service au cœur de la librairie. Elle partageait entre elle son repas et invitait aussi à découvrir ses richesses. C’était une vrai moment de convivialité que j’observais et qui m’incitait à prendre place autour de la table de la librairie Mille Feuilles.

Mille feuilles Bièvres

Oui, en librairie on peut se mettre à table au sens propre comme au figuré. A Bièvres, chez Véronique et toute son équipe, c’est sans complexe qu’on met les pieds sous la table avec un livre à la main. A travers la mise en avant d’un auteur, d’une collection, d’un récit, ne sommes-nous pas invités par le libraire à déguster son menu du jour ? Le coup de cœur du libraire n’est-il pas une invitation à la gourmandise ? Les rencontres-dédicaces ne seraient-elles pas identiques à des séances de dégustation ? La ligne éditoriale d’une librairie n’est-elle pas similaire au choix d’un caviste avec ses producteurs ? Je vous laisse digérer ces vérités.

Comme dans un roman rabelaisien, la librairie/restaurant Mille Feuilles a de l’appétit et souhaite essaimer. Véronique Banuls désire croquer une nouvelle clientèle et lui servir sur un plateau son concept. Ce sera chose faite d’ici l’été à Ville d’Avray (92) au cœur de cette cité de 12.000 habitants. La mairie met en effet à disposition un local pour qu’une librairie/restaurant ouvre ses portes avec en plus une galerie d’art de 130m2. Là, on frôle le bonheur culturel absolu. Imaginez : vous déambulez entre des œuvres d’arts, repu à la suite du menu du jour mitonné aux petits oignons, un livre à la main conseillé par le libraire. Du grand art je vous dis.

C’est une véritable reconnaissance pour la librairie Mille Feuilles de pouvoir pérenniser son concept avec un deuxième point de vente. Cette ouverture s’accompagnera d’une création de poste. Au fait, dans quels termes publie-t-on une annonce dans Livres-Hebdo dans ce cas-là ? « Librairie-restaurant (et plus si affinités culturelles) cherche libraire-serveur-sommelier-cuisinier-plongeur-extra pour conseiller et servir à toutes les sauces » ? Si la librairie en France manque de rentabilité, à la librairie Mille Feuilles en tout cas on ne manque pas de polyvalence, d’idée et d’énergie en rayon comme en cuisine.

« A table ! » J’entends depuis Bièvres l’appel du ventre et de la culture qui raisonne jusqu’à Ville d’Avray. Une vraie nourriture pour le corps et l’esprit. Bon appétit et belles lectures !

 

 Librairie-restaurant-salon de thé Mille Feuilles 28, rue de l’église 91570 Bièvres tel : 01 69 85 32 69

https://www.facebook.com/librairierestaurant.feuilles

Pas d’auteurs, pas de libraires

Publié le 27 mars 2015 | pas de réaction

Samedi 21 mars, alors que je bouquinais sur les rives du Brésil, une tribus d’hommes et de femmes toute voix sonnante lançaient un slogan sous forme d’alerte. Ces autochtones interpellaient les touristes, amoureux et exploitants de ces terres (nombreux en ce jour de pèlerinage incontournable) pour faire entendre leur droit de survivre et leur volonté de pérenniser leur savoir-faire.

 

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Nul besoin de franchir l’Atlantique pour vous conter cet épisode. Je me trouvais au Salon du Livre de Paris au stand du Brésil (invité d’honneur) au milieu de visiteurs et collègues de la profession tandis que des dizaines d’auteurs, de traducteurs et d’éditeurs criaient leur colère et dénonçaient la précarité de leur profession à travers le slogan : « Pas d’auteurs, pas de livres ! »

 

Cette manifestation fait suite à la publication d’un manifeste du Conseil Permanent des Écrivains signé par près de 2.000 écrivains. Les signataires y dénoncent « des revenus à la baisse, des réformes sociales préoccupantes, un droit d’auteur fragilisé par la politique européenne… » Aussi, il faut bien comprendre que « les auteurs de livres sont clairement en danger. Et à travers eux, c’est la création éditoriale qui est menacée, dans sa liberté et dans sa diversité. »

 

De fait, la chaîne du livre, déjà bien fragilisée de part ses difficultés structurelles et conjoncturelles, est de plus en plus tendue. Au bout de la chaîne (de la corde ?), c’est le libraire et son point de vente qui sont menacés. Entendons-nous bien : nul doute que des « auteurs » fort prolixes contribueront ad libitum à la parution de livres à l’eau de rose pale et autres enquêtes de terrain fétide, mais le lien étroit entre le libraire et l’auteur se concrétise à travers l’identification, la vibration. Le libraire a besoin de se retrouver dans l’écrit de l’écrivain pour le prescrire. Il se nourrit des émotions déployées, des sentiments couchés sur le papier, du style dégagé pour parler et au final vendre un ouvrage. Oui, sans les auteurs, le libraire ne serait que vendeur de papier.

 

Pas d’auteurs, pas de livres ? Pas de livres, pas de libraires ! Nous sommes unis et interdépendants dans cette chaîne du livre. Vous pouvez compter sur les libraires, mesdames et messieurs les auteurs, pour faire vivre votre production, vos écrits, votre plume, votre âme.

 

Pour aller plus loin dans la mobilisation (liens actifs au 27/03/15) :

 

FnaCultura, trop de caractères ?

Publié le 24 mars 2015 | pas de réaction

850. Chiffre imposé. Nombre de caractères maximum. Valable pour chaque article. Espace compris. « Compris ? » Oui, j’avais imprimé les consignes données à l’oral. Mais à l’écrit, c’est moins évident quand on est plutôt prolixe. Néanmoins, j’y ai mis du cœur, de l’énergie et du bon sens pour rendre comme tout bon écolier la meilleure copie à la maitresse, dans les délais et sans trop de caractères.

 

Livres-Hebdo n°1034

 

Je m’égare. Il n’était question ni de copie et encore moins de maitresse. Mais d’une analyse claire et concise sur deux enseignes que je connais bien pour y avoir 1- perdu mes cheveux ? 2- fondu de quelques kilos ? Non, vous n’y êtes pas. Nul besoin de cela chez moi pour devenir chauve avant la quarantaine et rester menu comme un coucou après. « C’est de famille, on va pas se refaire, on choisit pas ses parents, ainsi va la vie et comment va tonton Paul après son enterrement ? ». 

 

Je m’égare encore. Or donc le très sérieux organe officiel du parti des libraires et des métiers du livre, j’ai nommé Livres-Hebdo, m’a demandé un avis éclairé sous forme de contribution pour un dossier qui mettrait en parallèle et perspectives deux enseignes, Fnac et Cultura. Parfait. Mon parcours professionnel m’a permis de collaborer avec elles.

 

Pour le coup je ne me suis pas égaré et suis allé à l’essentiel en 850 caractères (vous l’aurez…compris ) pour écrire une analyse sur chaque entité. Aussi, je vous laisse prendre connaissance du dossier complet paru dans le n°1034 de Livres-Hebdo du 20 mars 2015.

 

 

Et si d’aventure vous me sollicitez pour produire un article ou contribuer à l’élaboration d’un dossier, faites-moi (+/- 1000) signe mais attention, je ne manque pas de caractère !

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